Exposition documentant les échanges et collaborations avec Haïti entre 2007 et 2015.

ALLERS-RETOURS HAÏTI 2007-2015
Christophe Alix

L’image peut étonnement nous transporter dans un autre espace-temps. Il n’est pas toujours facile de balayer notre propre réalité quotidienne et d’altérer son point de vue. Il n’est pas non plus facile de se transposer dans les instants donnés par ceux et celles qui nous amènent à découvrir ou voir autrement la vie d’un pays que la plupart d’entre nous ne connaissent pas (ou très peu). Ce voyage est possible si l’on se donne le temps de voir et d’échanger nos histoires avec les autres.

Et ces points de vue se construisent ici avec des prises de conscience et s’affinent dans leur forme narrative à travers toute une série de voyages initiés par Jean-Marc Vantournhoudt et une équipe de professeurs et d’étudiants de l’Ecole Supérieure des Arts de l’Image Le Septantecinq, à Haïti depuis 2007.

Nous sommes entre deux époques. Nous sommes entre deux états de vie, celui où l’on survit dans un des pays les plus pauvres de la planète et celui où l’on survit au séisme meurtrier et dévastateur de janvier 2010. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abris.

Le reporter d’images hollandais Ton Vriens raconte qu’il est arrivé à Haïti le matin même de la catastrophe. Puis les communications sont coupées, on perd sa trace comme celle de plusieurs centaines de milliers de personnes, on le croit blessé ou pire mort quelque part. Il faisait en fait un reportage dans la campagne haïtienne, trop loin de l’épicentre et trop isolé pour s’être rendu compte de cette tragédie. Quand il arrive à Port-au-Prince, il découvre l’apocalypse mais aussi les dizaines de reporters du monde entier qui débarquent sur l’île. Toute l’attention médiatique internationale est sur Haïti. C’est à ce moment-là que Ton Vriens prend conscience d’un manque réel : aucun des photographes et caméramans ne sont haïtiens et par conséquent les images ne seront que le reflet quasi-instantané de flux médiatiques occidentaux. C’est alors qu’il s’engage à plus long terme, il crée l’association Haïti Reporter qui devient le bastion d’une génération de photographes de reportage avec des haïtiens sur place.

C’est dans le même esprit et fort de leur expérience de ce pays depuis 2007 que Jean-Marc Vantournhoudt, Emmanuel De Meulemeester et toute l’équipe du 75 ont voyagé, les valises chargées de matériel, à proposer des ateliers de sérigraphie, de photographie, de dessin de reportage et d’écriture à l’Ecole Nationale des Arts à Port-au-Prince (ENARTS). Les professeurs et étudiants de l’ENARTS viennent ensuite à notre rencontre à Bruxelles.

Avec des dizaines d’allers-retours regroupant plusieurs centaines de photographies, voici le moment de présenter une sélection de points de vue qui se sont affinés avec le temps de la connaissance de ce pays. C’est ainsi dans l’affutage de l’observation des choses de la vie et des rencontres que les photographes échappent aux clichés de la vie haïtienne.

Alors profitons de ce qui est à voir, et bon voyage.

Photos N/B © Bernadette Mergaerts